77ème Édition de la Journée internationale des droits de l’homme : en Afrique centrale c’est le temps du désespoir, des incertitudes et de l’inconfort

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L’évaluation faite de la situation des droits de l’homme dans les pays de l’Afrique centrale que couvre le Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique centrale (Redhac) est inquiétante. Ce mercredi 10 décembre 2025, le sujet vient d’être abordé au cours d’un webinaire. Les participants ont échangé en hybride (zoom et au siège du Redhac-siège (Douala-Bali).

« Le respect des libertés fondamentales en Afrique centrale ; analyse des enjeux et des défis dans un contexte de restriction de l’espace civique ». Voilà le thème qui a réuni des défenseurs des droits de l’homme, des membres des Coalitions-pays du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique centrale (Redhac), des experts sur la question des droits de l’homme, des étudiants, des journalistes.

D’après Yasmine Marat et Aïcha Tschoumbou de la Coalition-pays Gabon : « depuis la montée au pouvoir des militaires, la situation des droits de l’homme est très compliquée. Même si on se réjouit de ce que Ministère de l’Intérieur s’est battu pour un déroulement au calme de quatre élections (législatives, sénatoriales, locales et la Présidentielle). La torture, des attestations arbitraires, l’impossibilité de s’exprimer librement sur les réseaux sociaux, les restrictions des libertés en général, font que la situation des droits de l’homme est devenue compliquée ».

Alain Kombo de la Coalition-pays Congo Brazzaville : « à quatre mois des élections générales, la situation des droits de l’homme est inquiétante au regard des exécutions sommaires des jeunes, qui crée un climat de peur au sein de la population avant les élections. On note également que les populations autochtones subissent de fortes restrictions de leur espace civique. Cette cible a du mal à participer au processus électoral malgré le cadre juridique au niveau national ».

Judicaël Dingamnayal et Layibé T., représentant la Coalition-pays Tchad : « nous vivons dans un régime didactorial depuis les élections en 2024 (les Législatives ont eu lieu en décembre 2024 et les résultats publiés en janvier 2025). Des attestations arbitraires des opposants et des acteurs de la société civile. Difficile d’exercer pour certains. Les bureaux de certains acteurs de la société civile ont été fermés. Parlant des droits de l’homme au Tchad, la situation est alarmante car un grand dictateur a pris les rênes du pouvoir ».

Lucie Boalo pour la Coalition-pays de la République Centrafricaine : « nous sommes à la veille des élections (Présidentielle 2025 et Législatives 2026). En ce moment, il y a des arrestations arbitraires, pas des de résultats des enquêtes ouvertes et jamais fermées. Malgré la sensibilisation, la situation des droits de l’est difficile ».

Robert Kabakela pour la Coalition-pays de la République démocratique du Congo : « la situation des droits de l’homme est très préoccupante. Les défenseurs des droits humains sont contraints à aller à l’exil ».

Melvis Funiba pour la Coalition-pays Cameroun : « la situation des droits de l’homme est déplorable avec les violations, la restriction de l’espace civique qui est un problème majeur au Cameroun. La liberté d’expression est bafouée, des attestations arbitraires, les violences armées dans les régions anglophones qui ont fait déplacer plus de 588 personnes, les arrestations arbitraires des opposants, Internet menacé lors de la période de l’élection présidentielle d’octobre 2025 rendant impossible la communication libre ».

En résumé

En Afrique centrale, la célébration de la 77e édition de cette journée internationale se déroule dans un contexte particulier ; celui de la restriction de l’espace civique marqué par des crises sociopolitiques, les revendications post-électorales, des tensions sociales, les discours de haine, les interdictions des réunions ou de manifestations pacifiques par certaines autorités sous le motif de « préservation de l’ordre public », les arrestations des défenseures des droits humains, militantes de la démocratie et des citoyens ordinaires ; soulevant par voie de conséquence de sérieuses préoccupations quant au respect des libertés fondamentales telle qu’il ressort de l’idée des rédacteurs de la DUDH. C’est compte tenu de ce qui précède que le Redhac et ses Coalitions-pays tablent sur la situation actuelle des libertés fondamentales en Afrique centrale, et l’évaluation qui en est faite des engagements des différents acteurs quant à la promotion et la protection des droits humains contenus dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Ils ont choisi la date du 10 décembre pour marquer la célébration de la journée commémorative indiquée en sus.

Alex Gustave Azebaze

L’objectif étant : « de mener des réflexions sur les engagements internationaux des États quant au respect des libertés fondamentales ; faire un brainstorming sur les possibles solutions et les acteurs disponibles pour plus d’ouverture de l’espace civique en vue du respect des libertés fondamentales en Afrique centrale ; lister des recommandations en vue de l’ouverture de l’espace civique et formuler des pistes pour la mise en place et l’opérationnalisation en Afrique centrale d’un cadre de résolution des crises. Et spécifiquement de prendre des mesures concrètes pour accélérer le plaidoyer pour l’adoption de la loi portant « promotion et protection des DDH »au Cameroun, au Tchad, au Congo, en Guinée Équatoriale », détaille Alex Gustave Azebaze, Membre du Conseil d’administration du Redhac, journaliste.

Quid du combat pour l’adoption d’une Loi portant protection des défenseurs des droits humains ?

Photo tirée du compte Facebook de Maître Alice Nkom

En Afrique centrale, sur huit pays, seulement trois ont déjà adopté cette loi spécifique aux Défenseurs des Droits Humains. Notamment la République démocratique du Congo en 2023, la République centrafricaine en 2024 et tout récemment le Gabon en 2025.

Une bonne nouvelle pour la cible qui attend désormais la promulgation de cette loi qui permettra à ces acteurs de la société civile de travailler sans crainte.

Recommandations

L’activité du jour a été modérée par Jean Claude Yebga du Redhac. Avec la participation de son collaborateur en charge des programmes au Redhac Marcel Mani et la présence de la vice-présidente de la Plateforme Dynamique Citoyenne, Dora Sende, du chargé des programmes de l’Ong Un Monde Avenir, David Moukoudi et bien d’autres. À l’issue ce cela, il en ressort ce qui suit :

Le REDHAC et ses coalitions-pays :

– Interpellent l’État du Cameroun à la sérénité et à la préservation de la paix en toute circonstance ;

– Demandent à l’État du Cameroun de respecter les instruments juridiques en matière des droits humains librement signés et ratifiés par l’État du Cameroun ;

– Recommandent à l’État du Cameroun de prendre toutes les mesures adéquates et urgentes afin d’assurer la sécurité des civils, des forces de défense et de sécurité, des Défenseurs des droits humains, des journalistes, des autorités religieuses, administratives y compris les travailleurs humanitaires dans les régions en conflit ;

– Recommandent aux Nations Unies, à l’Union Africaine et à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), d’ouvrir une enquête rapide, impartiale et efficace sur tous les cas de violence liée aux élections, y compris l’usage excessif ou disproportionné de la force, et à traduire les auteurs devant les juridictions compétentes ;

– Recommandent la garantie du droit à un procès équitable et le respect de la procédure régulière pour toute personne arrêtée ;

– Demandent de garantir le respect des droits humains et mettre fin aux affrontements ;

– Exhortent tous les acteurs politiques et leurs partisans à faire preuve de retenue, à rejeter la violence et à s’abstenir de tout discours incendiaire ou de haine ;

– Appellent l’État du Cameroun à garantir un environnement sûr et sécurisé où les droits de tous les citoyens sont protégés et à assurer le respect de la procédure pour les personnes arrêtées ;

– Demandent la libération sans condition de toutes les personnes arrêtées et détenus arbitrairement dans les prisons du Cameroun ;

– Appellent les responsables sécuritaires, les autorités administratives et judiciaires à éviter les interpellations et arrestations au faciès sur la base de l’appartenance ethnique ou politiques.

Linda Mbiapa Mbenda

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