Faire progresser la protection et la promotion des Droits de chaque enfant africain : le défi persiste

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Les violences sexuelles, les infanticides et les risques liés à l’utilisation des outils numériques et dans les domaines liés à l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, en particulier en milieu rural et dans les zones vulnérables préoccupent la Commission des Droits de l’homme du Cameroun. Ce sujet et bien d’autres sont sur la table dans le cadre de la 47e Session Ordinaire du Comité africain d’ Experts sur les Droits et le Bien-Être de l’Enfant (CoAEDBEe) ouverte le 17 avril et ce jusqu’au 25 avril 2026 à Maseru-Royaume du Lesotho.

« C’est avec un profond sentiment de révérence que je m’adresse à vous, en présence de Sa Majesté, la reine du Royaume du Lesotho, du premier ministre du Lesotho, du président du Sénat du Lesotho et du président de la Cour suprême du Lesotho, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture 47ᵉ session ordinaire du Comité africain d’experts sur les Droits et le bien-être de l’enfant, au nom des 46 institutions nationales des Droits de l’homme (INDH) du Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’homme (RINADH). Le Réseau que j’ai l’honneur de représenter ne saurait trop souligner l’éminente importance qu’il attache au partenariat solide – et en voie de consolidation – qu’il entretient avec le Comité. Un partenariat qui continue d’ouvrir des perspectives concrètes pour faire progresser la protection et la promotion des Droits de chaque enfant africain », s’est exprimé Pr James Mouangue Kobila, Président du RINADH.

Lui qui situe le contexte d’une telle session. À travers l’Afrique, en effet, les enfants sont confrontés à des défis multiples et imbriqués qui menacent non seulement leur bien-être, mais également leur avenir. En Afrique, des centaines de millions d’enfants vivent dans des contextes affectés par des conflits, faisant du continent l’une des régions les plus durement touchées au monde. Loin d’être abstraite, cette évaluation renvoie à des centaines de millions de vies marquées par la peur, la déscolarisation, le déplacement et une incertitude prolongée.

Ces vulnérabilités sont aggravées dans les contextes de migrations forcées ou irrégulières, le long des malheureux chemins des routes migratoires pleines d’embûches. À l’intérieur comme au-delà du continent, les enfants figurent parmi les catégories vulnérables les plus exposées à la violence, à la traite, à l’exploitation et aux abus les plus abjects. Une préoccupation particulière réside dans le recours persistant à la rétention administrative des enfants, fondée uniquement sur leur statut ou sur celui de leurs parents, souvent dans des conditions qui ne respectent pas les normes minimales en matière de Droits de l’homme.

Les effets cumulés de ces tragédies sont considérables. La protection et la dignité des enfants sont bafouées et leur développement à long terme est souvent irrémédiablement compromis, avec des conséquences qui se répercutent sur plusieurs générations.

Inquiétudes

Le RINADH demeure profondément préoccupé par l’impact sévère des conflits sur l’accès des enfants à l’éducation. Au Soudan, par exemple, plus de huit millions d’enfants sont déscolarisés à cause des hostilités en cours, ce qui constitue l’une des crises éducatives les plus aiguës au niveau mondial. Les effets de cette interruption de la scolarisation dépassent largement le cadre de l’éducation. Les perspectives de vie et d’apprentissage continu sont restreintes, les inégalités sont aggravées et la paix future est compromise, autant que le développement durable. Comme dirait le poète et académicien Michel EDWARDS, ces hordes d’enfants privés de scolarité devront, demain, « trouver leur chemin dans la nuit du non-savoir ».

Parallèlement, les innovations rapides dans l’environnement numérique introduisent des risques nouveaux et évolutifs. Si les avancées technologiques offrent des possibilités importantes d’apprentissage et de connexion, elles exposent également les enfants à des temps d’écran incompatibles avec d’autres activités utiles à leur développement, aux abus en ligne, à l’exploitation et à l’utilisation abusive de leurs données personnelles. Dans de nombreux contextes, les cadres réglementaires demeurent insuffisamment adaptés et leur application est inégale, laissant subsister d’importantes lacunes dans la protection des enfants dans l’espace numérique. Ce phénomène appelle des actions immédiates et concrètes.

Engagements

Tout ce qui précède appelle des réponses coordonnées et concrètes : la résolution des insuffisances systémiques en matière d’enregistrement des naissances qui affectent le droit-racine à l’identité, la réalisation du droit des enfants droit à l’alimentation « (je parle de leur assurer au moins un repas complet par jour, c’est-à-dire un repas qui comprend des légumes crus, des légumes cuits, des protéines et des féculents), la protection renforcée du droit à une éducation de qualité, le renforcement de l’application des normes et des systèmes de protection de l’enfance, ainsi que l’élaboration d’approches réglementaires novatrices et sensibles aux Droits de l’enfant, face aux défis actuels et émergents, surtout dans le domaine numérique. Le RINADH demeure fermement engagé à soutenir le mandat du Comité et à approfondir notre collaboration. Nous nous félicitons du renforcement constant de ce partenariat qui reflète notre engagement commun en faveur de la pleine jouissance, sans discrimination, de ses Droits par chaque enfant sur le continent », clame haut et fort Pr James Mouangue Kobila.

Selon cette personnalité, la session en cours marque une étape importante de ce partenariat avec la signature du protocole d’accord entre le RINADH et le Comité. « Il ne s’agit pas d’une simple formalisation de la coopération ; ce texte établira un cadre structuré pour une collaboration plus approfondie, cohérente et orientée vers les résultats. Il offrira une base pour renforcer la participation des INDH aux travaux du Comité, assurer une meilleure diffusion de la jurisprudence du Comité dans les Etats ainsi que sa meilleure utilisation dans le travail quotidien des INDH. De plus, cet accord cadre permettra de consolider le suivi des recommandations du Comité au niveau national et d’intensifier la coopération en matière de surveillance, de rapportage et de plaidoyer en faveur des Droits de l’enfant », poursuit-il.

C’est dire que la valeur de cet instrument dépendra à coup sûr de sa mise en œuvre effective, notamment de son utilisation pour améliorer la coordination entre les processus régionaux et nationaux et pour contribuer à des progrès encore plus tangibles dans la réalisation des Droits de l’enfant.

Bilan de la Cdhc

En ce qui concerne la situation des Droits de l’enfant au Cameroun pendant l’intersession (décembre 2025 – avril 2026), dans sa déclaration, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (Cdhc) reconnaît et salue l’action des pouvoirs publics et de ses partenaires pour améliorer et renforcer les programmes relatifs à la protection des Droits de l’enfant notamment : l’évaluation de la mise en œuvre du Plan d’action national 2018-2025 pour l’élimination des pires formes de travail des enfants au Cameroun, conduite par le ministère du Travail et de la Sécurité sociale du 24 novembre au 11 décembre 2025 dans les 10 Régions du pays et la tenue, le 24 décembre 2025 à Yaoundé, de la deuxième session du Comité de pilotage de la ligne d’assistance aux enfants, le 116, sous les auspices du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille. La Cdhc rappelle les actions qu’elle a menées en vue d’améliorer la réalisation des Droits de l’enfant, notamment : la publication et la large diffusion, depuis la dernière session du Comité, de quatre déclarations accompagnées de 80 supports visuels (en français et en anglais) pour donner plus d’écho aux messages clés desdites déclarations, à l’occasion des Journées universelles des Droits de l’homme en lien avec les Droits de l’enfant. Il s’agit de : la Journée internationale des Droits de l’homme, le 10 décembre 2025 ; La Journée mondiale du braille, le 4 janvier 2026 ; La Journée internationale de l’éducation, le 24 janvier 2026 et la Journée internationale de la femme, le 8 mars 2026 ; L’organisation, par l’Antenne de la CDHC pour le Littoral, en partenariat avec le Mouvement pour la défense des Droits de l’homme et des Libertés fondamentales, d’une campagne de sensibilisation des jeunes filles des quartiers Ndokoti, Dakar et du lieu-dit carrefour Ange Raphael de la Ville de Douala, à toutes les formes d’exploitation et de violences à l’égard des jeunes filles le 9 mars 2026 ;

L’organisation par l’Antenne régionale de la CDHC pour l’Est, du 2 au 9 février 2026, dans le cadre de la célébration de la 60e édition de la Fête de la jeunesse et de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, d’une campagne de sensibilisation sur les Droits et les devoirs de l’enfant en milieu scolaire ; L’organisation d’une campagne de sensibilisation sur les Droits des personnes handicapées du 4 au 6 février 2026 par l’Antenne de la CDHC pour le Sud, en collaboration avec la plateforme départementale du réseau Inclusive Society for Persons with Disabilities dans six établissements scolaires de l’enseignement secondaire général et technique du Département de la Mvila, à l’occasion de la célébration de la 60e édition de la fête de la jeunesse et l’organisation d’une campagne de sensibilisation des élèves dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de l’enfance par l’Antenne régionale de la CDHC pour le Centre du 3 au 5 décembre 2025 ; une campagne qui a permis de sensibiliser plus d’un millier d’élèves des Lycées technique, bilingue et classique ainsi que du Collège Marie Albert de la Ville d’Éséka, dans le Département du Nyong et Kellé, aux Droits et devoirs de l’enfant ainsi qu’aux risques liés à la consommation des drogues et autres substances psychotropes en milieu scolaire.

Toujours à son actif

Dans le cadre de la coopération nationale et internationale, l’on peut mentionner : l’importante séance de travail que le président de la CDHC a tenue avec le ministre de la promotion de la femme et de la famille – entourés de leurs collaborateurs – le 10 avril 2026, dans le but de renforcer la synergie entre les deux structures de l’État en vue de mieux combattre la recrudescence des violences contre les enfants et contre les femmes qui choque la conscience nationale ; La signature, le 19 mars 2026, d’un mémorandum d’entente entre la CDHC et le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique ; un acte qui matérialise un cadre formel de coopération entre les deux entités, en vue de la promotion et de la protection des Droits des jeunes au Cameroun, ainsi que la participation de la CDHC, du 9 au 10 mars 2026 à Genève en Suisse, au débat annuel sur les Droits de l’enfant dans le cadre de la 61e session du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies consacré à la protection des enfants face aux violences, aux conflits armés, à la vente d’enfants, à l’exploitation sexuelle et aux abus sexuels sur les enfants.

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En ce qui concerne les défis, la CDHC est consternée par la recrudescence alarmante des violences à l’encontre des enfants, mentionnée plus haut, notamment celle des cas d’infanticides et de violences sexuelles. À titre illustratif, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille a enregistré six cas d’infanticide depuis le début de l’année 2026. De même, la CDHC est préoccupée par l’utilisation non réglementée de technologies avancées telles que l’intelligence artificielle, les médias sociaux et les gadgets par les enfants africains, alors que des restrictions drastiques se généralisent ailleurs, peut entraver leur protection ainsi que leur développement, soulignant la nécessité d’une surveillance adéquate pour garantir que ces outils profitent à la croissance et au bien-être des enfants.

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Enfin, la CDHC note la persistance d’inégalités significatives dans l’accès des enfants à des services adéquats d’eau, d’assainissement et d’hygiène avec des disparités particulièrement marquées entre les zones urbaines et rurales. C’est pourquoi l’INDH serait reconnaissante au Comité d’exhorter les États à amplifier leurs actions : en faveur de la protection des enfants en accordant une attention prioritaire à la lutte contre les violences sexuelles, les infanticides et les risques liés à l’utilisation des outils numériques et dans les domaines liés à l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, en particulier en milieu rural et dans les zones vulnérables ; à renforcer les mécanismes de prévention et de réponse aux violences faites aux enfants, y compris en lien avec les environnements insalubres et précaires.

Linda Mbiapa Mbenda

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