32ème édition de la Journée internationale des Populations autochtones (JIPA) : Entre avancées, dénonciations, la CDHC fait des recommandations

Ladite journée va être commémorée le 9 août 2026. En prélude, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun ( Cdhc) a publié une déclaration d’une dizaine de pages. À noter que le thème retenu cette année est : « Rendre hommage aux sages-femmes autochtones : préserver la vie et le bien-être »
La Commission note que la JIPA poursuit un double objectif : d’une part, sensibiliser les États aux réalités, aux défis et aux Droits des peuples autochtones, tout en promouvant la reconnaissance et la réalisation de ceux-ci ; d’autre part, mettre en valeur leur diversité culturelle, leurs savoirs traditionnels ainsi que leur contribution essentielle au développement durable, tout en encourageant les États, les institutions nationales des Droits de l’homme (INDH) et l’ensemble des acteurs concernés à renforcer les mesures destinées à garantir leur pleine participation, effective et inclusive à la vie publique, conformément aux normes internationales relatives aux Droits de l’homme.
La Commission accueille avec satisfaction le thème retenu par l’ONU pour l’édition 2026 de la JIPA, à savoir Rendre hommage aux sages-femmes autochtones : préserver la vie et le bien-être ; un thème qui exhorte chaque Gouvernement à honorer ces sages-femmes autochtones en reconnaissant leur rôle de détentrices de savoirs et de dispensatrices de soins, à réaffirmer la valeur durable des systèmes de connaissances autochtones dans la préservation de la vie et à promouvoir des approches culturellement adaptées au bien-être des générations futures.

La Commission rappelle l’apport jurisprudentiel majeur de la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples (CrADHP) dans son arrêt de principe du 26 mai 2017 (CnADHP c. République du Kenya, requête n° 006/2012), par lequel elle reconnaît que « les Ogiek constituent une population (communauté) autochtone faisant partie du peuple kényan, ayant un statut particulier et méritant une protection spéciale en raison de leur vulnérabilité », tout en réaffirmant que « l’État défendeur avait l’obligation de consulter les Ogiek et d’obtenir leur consentement libre, préalable et éclairé » avant toute mesure susceptible d’affecter leurs terres ou leurs ressources.
La Commission salue les efforts constants des pouvoirs publics et de leurs partenaires visant à renforcer la promotion et la protection des Droits de toutes les populations autochtones du pays, à préserver leur patrimoine culturel ainsi qu’à valoriser leurs savoirs et pratiques traditionnelles, conformément aux exigences du thème de cette 32ᵉ édition de la Journée internationale des populations autochtones (JIPA), notamment à travers l’organisation de la première édition du Festival culturel du Sud-Ouest (en anglais : South West Cultural Festival – SWECUF), sous le thème Notre patrimoine culturel, notre identité par le ministère des Arts et de la Culture (MINAC), en collaboration avec les autorités traditionnelles de la Région du Sud-Ouest du 27 février au 1er mars 2026 à Buéa, en vue de promouvoir la cohésion sociale, de valoriser la diversité culturelle et d’assurer la transmission du patrimoine culturel aux jeunes générations.

Autre point
La Commission rappelle les actions qu’elle a entreprises en vue de promouvoir et de protéger les Droits des populations autochtones, notamment à travers le traitement des plaintes, les activités de sensibilisation et le renforcement de la coopération institutionnelle, et met en relief sa participation, sous la conduite de son président, également président en exercice du Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’homme (RINADH), à l’Assemblée générale de l’Alliance des peuples autochtones et des communautés locales pour la conservation en Afrique (AICA), qui s’est déroulée du 26 au 31 mai 2026 à l’Hôtel Mont Fébé de Yaoundé ; à cette occasion, le président de la CDHC a réaffirmé que « la protection des peuples autochtones ne se limite pas à la préservation de leur patrimoine foncier, mais elle couvre tous les Droits consacrés dans la Déclaration des Nations Unies de 2007, y compris les Droits de participation politique ».
La Commission souligne que la corruption compromet gravement la jouissance effective des Droits des populations autochtones en détournant les ressources publiques destinées à leur développement économique et social, à leur accès aux services de santé, d’éducation et de protection sociale de qualité, ainsi qu’à la préservation de leur patrimoine culturel ; qu’en outre, ce fléau favorise l’exploitation illégale des terres, des forêts et des ressources naturelles dont dépendent étroitement ces communautés, souvent au mépris de leur consentement libre, préalable et éclairé ; qu’enfin, appliquée au thème de cette 32ᵉ édition de la Journée internationale des populations autochtones (JIPA), il apparaît que la corruption fragilise le soutien institutionnel attendu par les sages-femmes autochtones en privant les structures de santé de base de médicaments essentiels, d’infrastructures adaptées et de programmes d’accompagnement dédiés à la valorisation des médecines traditionnelles.

La Commission accueille favorablement les réactions des administrations publiques à sa précédente Déclaration publiée à l’occasion de la 31ᵉ édition de la JIPA en 2025 ; elle salue particulièrement la démarche du Bureau national de l’état civil (BUNEC) qui, par correspondance n° 256/L/BUNEC/DG/CT1/CAJC/CEA2 du 15 avril 2026, l’a informée de l’intégration de ses recommandations dans ses outils de planification ; à cet égard, le Plan stratégique de modernisation du système d’enregistrement des faits d’état civil et de production des statistiques d’état civil (ESEC) 2025-2029, ainsi que le Projet de performance annuel (PPA) 2026 du BUNEC, prévoient désormais des actions structurantes destinées à améliorer l’enregistrement des faits d’état civil des populations autochtones, ce qui répond directement aux préoccupations exprimées par la Commission.
La Commission réitère ses recommandations formulées dans sa Déclaration du 9 août 2025 à l’occasion de la 31e édition de la JIPA, notamment au ministère des Affaires sociales (MINAS), au ministère de la Santé publique (MINSANTÉ), au ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) et au ministère de l’Administration territoriale (MINAT) d’assurer la participation des représentants légitimes des populations autochtones, y compris celle des sages-femmes autochtones à toutes les politiques, stratégies et programmes relatifs à la santé, au patrimoine culturel, à l’environnement et au développement local.

La Commission recommande spécifiquement au ministère des Arts et de la Culture (MINAC), en collaboration avec le ministère des Affaires sociales (MINAS) et le ministère de la Santé publique (MINSANTÉ), de concevoir et de mettre le consentement libre, préalable et éclairé des communautés concernées, des programmes intégrés de documentation, de sauvegarde, de transmission intergénérationnelle et de valorisation des savoirs traditionnels des sages-femmes autochtones, en associant étroitement les autorités traditionnelles, les organisations de femmes et les communautés concernées, afin de préserver ce patrimoine culturel immatériel et d’en promouvoir les contributions à la santé communautaire, dans le respect des normes de santé publique et des Droits de l’homme.


La Commission recommande spécifiquement aux organisations de la société civile (OSC) de renforcer les actions de sensibilisation et d’éducation communautaires sur les Droits des femmes et des filles autochtones, en valorisant le rôle essentiel des sages-femmes dans la préservation de la vie, la promotion de la santé maternelle et infantile ainsi que dans le bien-être des communautés.
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