Albin William Lemnyuy Banye : « Il n’y aura pas de transition écologique efficace sans intelligence sociale. Et il n’y aura pas de transition écologique juste sans justice sociale. Changer de paradigme, c’est changer de regard »

Le Délégué départemental de l’environnement, de la protection de la nature et du développement durable pour le Wouri répond aux questions de votre journal La Sirène Infos lors du 7e Salon Villes et Toits du Cameroun ce jeudi 18 décembre 2025 à Douala.
Monsieur le délégué, des centaines de milliers de tonnes de déchets sont produites chaque année. Seule une fraction est collectée de manière régulière. Pourquoi ?
Les déchets sont mélangés dès leur production et les dépôts sauvages deviennent des éléments permanents du paysage urbain. Ce regard n’est pas seulement celui des habitants. Il est aussi celui de nos politiques longtemps fondées sur un modèle que l’on peut qualifier d’indifférencié : on mélange tout, on ramasse quand c’est possible, et on enfouit. Aujourd’hui, ce modèle est clairement à bout de souffle. Car, la manière dont une ville gère ses déchets est devenue l’un des indicateurs les plus révélateurs de son niveau de gouvernance, de justice sociale et de durabilité environnementale.
L’expérience de terrain, la recherche scientifique et l’action publique convergent vers une conviction forte : la crise des déchets dans nos villes n’est pas d’abord une problématique technique. C’est un problème d’organisation, de modèle et de paradigme.
Est-ce à dire que nous avons construit un système qui traite les déchets comme un fardeau ?

Exactement. Alors que les déchets constituent en réalité une ressource stratégique. Les données sont claires et constantes. Entre 70 et 80% des déchets ménagers produits dans nos villes sont valorisables. Une part majoritaire est constituée de biodéchets. Une autre part significative est composée de plastiques, de métaux, de papiers et de cartons. La question n’est donc pas de savoir si nous avons suffisamment de déchets pour recycler. La véritable question est la suivante : avons-nous un système capable de capter cette valeur ?
La réponse structurelle commence en amont, là où naissent les déchets : au tri à la source, complété par la pré-collecte sélective.
Contrairement aux idées reçues, le tri à la source n’est pas un luxe réservé aux pays du Nord, dites-vous…
Oui. Il constitue au contraire la condition minimale de réussite dans les villes du Sud, marquées par une forte densité urbaine, des voies souvent étroites et impraticables, des moyens financiers limités et une présence structurante de l’économie informelle. Le tri à la source repose sur un principe simple mais fondamental : NE PAS MÉLANGER CE QUI N’A PAS VOCATION À L’ÊTRE.
Ce principe est aujourd’hui au cœur des expériences pilotes menées dans les communes d’arrondissement de Douala V et de Douala III. Deux territoires différents par leur configuration, mais confrontés à une même urgence : CHANGER DE MODÈLE DE GESTION DES DÉCHETS MÉNAGERS. Dans les 2 communes, le modèle retenu est volontairement simple : un tri en trois flux – déchets recyclables, bio déchets et déchets résiduels. Ce modèle permet de réduire significativement les volumes envoyés en décharge, d’améliorer la qualité des matières recyclées, de diminuer les coûts de traitement et de créer de la valeur économique locale.
Mais le tri à la source, à lui seul, ne suffit pas. Dans de nombreux quartiers urbains, le camion benne ne peut pas intervenir efficacement.

C’est là qu’intervient la pré-collecte sélective, véritable chaînon manquant du système.
Au-delà de tout, c’est un changement culturel profond qui est recherché : des citoyens acteurs, une gouvernance locale renforcée et une économie circulaire enracinée dans les territoires.
En définitive…
J’ai souhaité associer au thème central du 7e Salon Villes et Toits du Cameroun qui se tient ce 18 décembre 2025 ( à savoir : notre regard sur nos déchets ménagers) une conviction forte : le tri à la source et la pré-collevte sélective constituent un véritable changement de paradigme pour la gestion des déchets dans nos villes. Changer de paradigme, c’est changer de regard. C’est comprendre que le déchet ne commence pas à la décharge, mais dans nos ménages. C’est admettre que la propreté urbaine ne se décrète pas uniquement depuis les mairies, mais se construit avec les citoyens. C’est reconnaître que le déchet n’est pas seulement un coût, mais une ressource économique, sociale et environnementale.
Propos recueillis par Linda Mbiapa Mbenda


















