
Commémorée mardi 7 avril 2026, lire ici la déclaration de la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (Cdhc) à ce propos.
« Se souvenir, s’unir, se renouveler ». C’est le thème de ladite journée commémorée mardi 7 avril 2026
La Commission relève, avec préoccupations : l’absence d’ avancées notables en vue de la ratification, par la République du Cameroun, de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ; les défis persistants en matière de prévention et de répression des discours de haine et des incitations à la violence à caractère tribaliste, en raison d’une mise en œuvre encore perfectible des mécanismes existants, d’une vulgarisation insuffisante des textes législatifs et réglementaires en vigueur, ainsi que de délais procéduraux parfois prolongés, de nature à affecter l’efficacité des réponses institutionnelles et à compromettre la prévention des violences de masse.
Ce n’est pas tout. Les inquiétudes portent aussi sur: la persistance et la propagation des discours de haine à caractère tribaliste dans les médias et sur les plateformes numériques, favorisées par un encadrement encore insuffisant, un déficit de sensibilisation du public et une participation limitée de certains acteurs — notamment des organisations de la société civile — aux mécanismes d’alerte et de prévention des conflits, ce qui est de nature à exacerber les tensions sociales et à accroître les risques de violences de masse ; l’exposition accrue des jeunes aux discours de haine à caractère tribaliste, notamment à travers les réseaux sociaux, conjuguée à leur vulnérabilité face aux manipulations et à un encadrement encore insuffisant en matière d’éducation civique et à la citoyenneté, de nature à compromettre la cohésion sociale et à accroître les risques de violences intercommunautaires.

L’insuffisante intégration de l’éducation à la paix, à la tolérance et au vivre-ensemble harmonieux dans les programmes scolaires, ainsi que la persistance de stéréotypes et de préjugés en milieu éducatif, des facteurs susceptibles de fragiliser durablement la cohésion sociale et de favoriser la recrudescence de discours de haine à caractère tribaliste ; la vulnérabilité accrue des populations touchées par les violences intercommunautaires, conjuguée à l’insuffisance des mécanismes de prise en charge psychosociale et de protection des groupes les plus fragiles, toutes choses de nature à compromettre leur résilience et à fragiliser la cohésion sociale, ne sont pas en reste.
Notes
La Commission relève que sur les 220 recommandations acceptées par l’Etat lors de l’adoption du Rapport du passage du Cameroun au 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU) le 26 mars 2024, sept sont relatives à la préservation de la paix et à la prise de mesures contre les auteurs de violences ; elles sont reproduites dans la présente Déclaration de la CDHC , après avoir été ventilées par l’Institution nationale des Droits de l’homme du pays aux structures pertinentes de l’État, aux institutions spécialisées ainsi qu’aux organisations de la société civile (OSC), chacune en ce qui la concerne, de la manière suivante:
la recommandation invitant à « ratifier la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide » a été adressée aux Services du premier ministre, chef du Gouvernement (SPM/CG), au ministère de la Justice (MINJUSTICE) et aux OSC ; la recommandation invitant à « adopter une approche pacifique pour résoudre les conflits, mettre en place et renforcer les mécanismes de justice transitionnelle dans le pays » a été adressée au SPM/CG, au MINJUSTICE, au ministère de la Défense (MINDEF) et au ministère de l’Administration territoriale (MINAT) ;

La recommandation invitant à « poursuivre le Dialogue afin de rétablir définitivement la paix dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest » a été adressée au SPM/CG et au MINAT ; La recommandation invitant à « continuer à mettre en œuvre des mesures visant à résoudre pacifiquement les crises dans les zones touchées, en donnant la priorité aux processus de réconciliation nationale » a été adressée au MINAT et aux OSC ;
La recommandation invitant « à adopter une approche globale et inclusive pour ce qui est de s’attaquer aux causes profondes du conflit dans les Régions touchées du Cameroun, en mettant en place une stratégie globale en faveur d’une paix durable » a été adressée au SPM/CG, au ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) ainsi qu’au MINAT ;
La recommandation invitant à « prendre des mesures pour trouver une solution pacifique aux crises et à la propagation de la violence » a été adressée au SPM/CG et au MINAT ; la recommandation invitant à « donner la priorité à la parlicipalion effective desjeunes, des femmes et des enfants, y compris des adolescents, à tous niveaux des négociations de la paix, de désarmement, de démobilisation et de réintégration, ainsi que des plans élaborés pour faire face aux crises et des programmes de reconstruction » a été adressée au MINAT, au MINEPAT, au ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), au ministère des Affaires sociales (MINAS), au ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (MINJEC), au ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP), au ministère des Enseignements secondaires (MINESEC), au ministère de l’Éducation de base (MINEDUB) ainsi qu’aux OSC…

En outre, la Commission réitère ses recommandations formulées dans sa Déclaration du 7 avril 2025 à l’occasion de la précédente édition de la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, appelant les parents à contribuer activement à la prévention de discrimination ethno-tribale, autant que des discours de haine, principalement en dissuadant leurs enfants, dès leur plus jeune âge, de recourir aux injures, propos et autres discours haineux, tout en les éduquant sur leurs conséquences, en s’y opposant et en les réprimant ouvertement et systématiquement ; En promouvant la culture de la paix et du vivre-ensemble harmonieux, et en développant le sens des responsabilités au sein de la famille et chez les enfants, y compris le respect de soi et des autres, le respect des institutions et des emblèmes de l’État ; En inculquant à leur progéniture les notions de diversité, d’inclusion, de solidarité, de respect mutuel, d’amour, d’inter culturalité, de partage, d’égalité des Droits, de pardon et d’acceptation de l’autre.
La Commission tient à rappeler que, dans le contexte préoccupant de la montée des discours de haine à caractère tribaliste, des tensions et des violences intercommunautaires, la prévention, la protection des populations et la promotion de la cohésion sociale demeurent des priorités nationales et institutionnelles ;

Consciente des défis structurels, institutionnels et éducatifs identifiés, en vue de renforcer l’efficacité des dispositifs existants, d’encadrer l’action des différents acteurs et de promouvoir un engagement collectif, tant au niveau des autorités publiques que des communautés et de la société civile, la Cdhc recommande spécifiquement au Gouvernement d’engager les démarches en vue de la ratification, par la République du Cameroun, de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, afin de conforter son engagement en faveur des Droits humains et de la lutte contre l’impunité ; De renforcer la prévention et la répression des discours de haine et des incitations à la violence à caractère tribaliste, en veillant à l’application effective des textes législatifs et réglementaires ;
La Commission continuera d’honorer son engagement ferme, constant et irréversible à poursuivre ses efforts pour la promotion et la protection de tous les Droits de l’homme, spécialement dans le cadre de la prévention du génocide, à travers : des interventions en amicus curiae (ami de la cour) ; des campagnes de sensibilisation, des actions de plaidoyer, des missions d’enquête, le traitement des requêtes et l’auto-saisine, des ateliers de formation et des visites régulières de tous les lieux de privation de liberté.
La Commission réitère son engagement à collaborer activement avec les autorités nationales, les partenaires internationaux et les OSC pour instaurer une paix durable et pour promouvoir le respect des Droits de l’homme au Cameroun de manière générale.

La Commission exhorte vivement toutes les personnes qui se considèrent victimes ou témoins de violation des Droits de l’homme, y compris les discours de haine et les intimidations tribales, à ne pas rester silencieuses et à les signaler systématiquement, en saisissant la Commission par tous les moyens disponibles, y compris par le truchement de son numéro vert, le 1523 (gratuit, même sans crédit de téléphone).



















