63ème Journée de la femme africaine: au Cameroun, la majorité des femmes assument plus des deux tiers des charges du ménage, et ce, malgré des revenus généralement faibles, une situation socioéconomique qui accroît leur vulnérabilité et les expose à de nombreuses formes de violences

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Ce jeudi 31 juillet 2025 marque ladite célébration. Le thème de l’édition  2025: «Faire progresser la justice sociale et économique pour les femmes africaines à travers les réparations».

Une déclaration d’une dizaine de pages portant la signature du président de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (Cdhc), Professeur James Mouangue Kobila, mentionne qu’au Cameroun, la majorité des femmes assument plus des deux tiers des charges du ménage, et ce, malgré des revenus généralement faibles, cette situation socioéconomique accroît leur vulnérabilité et les expose à de nombreuses formes de violences, dont les plus visibles sont les violences économiques et conjugales ; ces facteurs de fragilité auxquels s’ajoutent l’ignorance et la domination du patriarcat sont particulièrement marqués dans les Régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord où l’on observe, entre autres :

-une forte prévalence des mariages précoces, avec 52,1 % des femmes âgées de 20 à 49 ans ayant été mariées avant l’âge de 18 ans dans certaines Régions comme l’Extrême-Nord, contre 36 % au niveau national, selon les données les plus récentes ; La persistance des MGF, surtout dans certaines communautés de la Région de l’Extrême-Nord où des jeunes filles âgées de six à huit ans continuent d’être exposées à cette pratique ; Des inégalités économiques significatives, les femmes percevant en moyenne 54 228 francs CFA par mois contre 92 202 francs CFA pour les hommes, tout en assumant plus de 24 heures de travail domestique non rémunéré par semaine, d’après les statistiques de l’Institut national de la Statistique (INS) en 2025 ; Une forte exposition aux VBG, avec plus de 56 % des femmes en union déclarant avoir été victimes de violences physiques, psychologiques ou sexuelles, avec des pics de 85 % signalés dans certaines zones rurales.

Dans sa déclaration, la Cdhc condamne très vigoureusement les actes de violence portant atteinte à l’intégrité physique et morale ainsi qu’à la vie des femmes et des jeunes filles observés entre le 31 juillet 2024 et le 30 juillet 2025.

Autres constats

En outre, la Commission observe, pour le déplorer : l’irresponsabilité parentale croissante qui compromet gravement le processus d’éducation des enfants, en particulier celle des filles et l’inexistence ou la faiblesse des dispositifs communautaires destinés à protéger, sensibiliser et éduquer aux Droits de la femme et de la jeune fille. Les préoccupations de l’Institution nationale des droits de l’homme portent aussi sur : la recrudescence des VBGS notamment les violences conjugales, les MGF, les mariages précoces et les mariages forcés qui sont répandus dans plusieurs Régions du Cameroun, en particulier dans l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord ; La précarité économique persistante des femmes, aggravée par les inégalités salariales, les difficultés d’ accès au crédit, à la propriété foncière et aux opportunités d’emploi décent, constituant un frein majeur à leur autonomisation et ce, malgré leur forte contribution à l’économie informelle et à la prise en charge des tâches domestiques, entre autres:

-la vulnérabilité des femmes et des filles déplacées internes, particulièrement celles originaires des Régions en proie à l’insécurité, à savoir l’Extrême-Nord, le Nord Ouest et le Sud-Ouest, exposées à diverses formes d’exploitation et confrontées à un accès limité aux services sociaux de base tels que l’éducation, la santé et la justice ; L’insuffisance de mécanismes communautaires efficaces de protection, de dénonciation et de prise en charge des survivantes de violences, surtout en milieux rural ou enclavé où les structures de soutien sont souvent inexistantes ou inaccessibles ; Le déficit d’éducation aux Droits humains, notamment en ce qui concerne les Droits des femmes et des jeunes filles tant au sein des familles que dans les programmes scolaires, constituant un obstacle majeur à leur émancipation et un facteur de persistance des stéréotypes de genre, etc.

Résolutions

La Commission relève que, sur les 220 recommandations acceptées par l’État à l’occasion de l’adoption du Rapport du passage du Cameroun au 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU) le 26 mars 2024, plus de 45 recommandations sont en consonance avec la thématique de l’édition 2025 de la JFA, dont les plus pertinentes (04) sont rappelées ci-dessous, toutes ayant été ventilées par la CDHC aux structures de l’État ainsi qu’aux organisations de la société civile (OSC), chacune en ce qui la concerne, de la manière suivante : la recommandation invitant à « intensifier les efforts visant à éliminer toutes les dispositions discriminatoires à l’égard des femmes et des filles dans le Code civil et à veiller à ce que leurs Droits humains soient garantis », y compris en renforçant les mécanismes de réparation, qui a été adressée au Sénat, à l’Assemblée nationale, au ministère de la Justice (MINJUSTICE), au ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) et au ministère des Affaires sociales ; La recommandation invitant à « renforcer les Droits et la protection des femmes et des filles contre la violence » a été adressée aux MINPROFF, MINAS et aux OSC ; La recommandation invitant à « combattre toutes les formes de violences basées sur le genre, notamment le viol conjugal, le mariage précoce, le mariage forcé et les MGF, et à renforcer I ’application de la législation et des politiques relatives aux femmes et aux filles » a été adressée aux MINPROFF, MINAS, MINCOM et aux OSC. La liste des recommandations est longue.

L.M.

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