Cameroun : 22 Actions urgentes et prioritaires pour améliorer le respect des droits humains

Il s’agit des recommandations qui découlent d’un rapport documenté de plus de cent pages, dûment élaboré par l’Ong Un Monde Avenir et ses partenaires associatifs, et qui porte sur la situation des droits de l’homme au pays de Samuel Eto’o Fils tout au long de l’année 2025.
Le rapport annuel 2025 sur la situation des droits de l’homme au Cameroun produit par l’ONG Un Monde Avenir et ses partenaires associatifs présente d’une part une baisse des cas des meurtres précisément dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest et d’autres part, un accroissement des violations des droits humains sur l’ensemble du territoire national, avec un pic entre Octobre et Décembre 2025 période électorale et post-élection présidentielle du 12 octobre. Le rapport comme habituellement présente les cas de violation collectés et documentés sur l’année avec un accent sur la période pré, pendant et postélectorale. Le rapport expose plusieurs cas de restriction voire même de fermeture de l’espace civique, l’usage excessif et disproportionné de la force contre des citoyens qui expriment leurs opinions, ce qui entraîne parfois les exécutions sommaires. Les atteintes aux droits concernent principalement le droit à la vie, la liberté et la sécurité de la personne, la liberté d’expression et de réunion (droits civils et politiques), ainsi que les droits économiques sociaux culturels. Les régions du Nord-Ouest, Sud-Ouest, Littoral et le Centre sont réputées comme à forte concentration de violence et de violation des droits humains.
Le rapport met en lumière les arrestations arbitraires et détentions illégales, les exécutions extrajudiciaires, les interdictions sans fondement légal des réunions et manifestations publiques et les atteintes aux libertés d’expression et d’opinion. Les exactions des groupes armés non gouvernementaux et les éléments de la secte islamiste Boko haram. La situation chiffrée fait état d’au moins :
⮚ 2792 situations de violences et de violations des droits humains toutes catégories confondues.
⮚ 481 meurtres dont :
● 174 dans les régions du Sud-ouest et Nord-ouest,
● 259 dans l’Extrême-Nord
● 48 dans les autres régions.
Parmi ces meurtres on note, au moins 372 civils, 70 forces de défense et de sécurité (FDS), 52 Éléments des groupes armés non gouvernementaux et 45 de Boko haram.
⮚ 377 personnes ont été enlevées dont 39 dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest et 338 dans L’Extrême-nord et 48 dans les autres régions. Ces enlèvements ont été accompagnés des demandes de rançons.
⮚ 2500 arrestations et détentions arbitraires ont été enregistrés, accompagnés des extorsions de fonds aux victimes afin de bénéficier d’une mise en liberté.
⮚ 17 interdictions de réunions et manifestations publiques et d’atteintes à la liberté d’expression et d’opinion ont été enregistrées et documentées.
⮚ 44 explosions et incendies dans les Régions du Nord-ouest et Sud-ouest.
⮚ 27 situations de violences basées sur le genre ont été enregistrés.
⮚ 02 situations de violation des droits économiques, sociaux et Culturels (destruction illégale des espaces marchant des citoyens).
Le rapport sur la situation des droits humains repose sur une méthodologie/approche conforme au Suivi, Documentation et Reporting (SDR). Il est le produit d’une synergie d’actions portée par l’ONG Un Monde Avenir (1MA) avec d’autres OSC travaillant sur les droits humains, des journalistes et des personnes contacts ou ressources sur l’ensemble du territoire national.
La production du rapport de l’année 2025 repose sur cinq (5) piliers : l’exploration des espaces de diffusion des violations et violences ; l’exploitation des rapports des organisations nationales et internationales de défense des droits humains ; le suivi des cas de violations ; l’analyse et le traitement des faits ; et le reporting proprement dit.
L’essentiel
Au regard de ce qui précède, il est fort de remarquer que la situation des droits humains au Cameroun au cours de l’année 2025 a connu une montée de violences. Les violations ont connu un pic avec les manifestations postélectorales qui ont entraîné des arrestations arbitraires et détentions illégales et des exécutions extrajudiciaires des civils. « Les autorités administratives, en occurrence le Ministre de l’Administration Territoriale, a fait des sorties mettant en mal les libertés d’expression, de communication, d’aller et venir, de réunion et de manifestation publique », précisent les auteurs du rapport. Ces derniers soulignent en conclusion que l’espace public montre que la grande criminalité, le meurtre, les violences basées sur le genre, les enlèvements, l’extorsion de fonds ont atteint des proportions inquiétantes. Le conflit dans les régions du Nord-ouest, du Sud-ouest et de l’Extrême-nord persiste avec les exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de défense et de sécurité sur les civils. Les éléments de la secte islamiste Boko-Haram à travers des frappes ont causé des pertes en vies humaines tant du côté des civils que des forces de défense et de sécurité. Leurs exactions ont provoqué le déplacement massif des populations vers les lieux plus sécurisés. Les enlèvements de personnes ont impactés négativement le quotidien des populations dans les départements du Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga et Logone et Chari.
22 recommandations aux institutions étatiques
Voici ce que recommande le Groupe de travail sur les Droits de l’homme:
1. Appliquer effectivement la disposition relative à l’habeas corpus prévu dans le Code de procédure pénale
2. Eviter d’attraire les civils devant les tribunaux militaires
3. Accélérer les procédures judiciaires en vue de diminuer le nombre de prévenus et décongestionner les prisons
4. Modifier les textes qui organisent le Conseil Supérieur de la Magistrature pour renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis du pouvoir exécutif
5. Augmenter les ressources diverses pour que la justice soit plus performante notamment la construction de nouveaux Palais de justice et l’amélioration des infrastructures du service public de la justice
6. Améliorer les conditions de travail des différents intervenants de la chaine judiciaire
7. Mettre en place les mécanismes de surveillance des violations des droits de l’Homme dans les lieux de détention incluant des organisations non gouvernementales dans ces lieux.
8. Rendre compte des progrès des enquêtes ouvertes contre des agents de l’Etat suspectés de meurtres sur les civils et en faire connaître les conclusions.
9. Mettre sur pied des mécanismes de dénonciation des abus commis par le personnel pénitentiaire et des pratiques de racket sur les prisonniers.
10. Mettre fin aux trafics et frais divers indûment payés par les visiteurs dans les prisons.
11. Revoir la législation camerounaise en matière du foncier en l’adaptant à l’évolution du temps.
12. Rendre effectivement indépendante la Commission des droits de l’Homme du Cameroun au niveau financier et dans sa latitude à effectuer des visites dans les lieux de détention sur simple information des responsables des lieux.
13. Faciliter l’accès sur le terrain des conflits aux organisations humanitaires.
14. Renforcer les politiques publiques sur la protection du genre à travers les services déconcentrés étatiques.
15. Vulgariser le mécanisme d’assistance judiciaire pour permettre aux citoyens d’être informés sur les possibilités d’assistance qui existent.
16. Faciliter le déploiement en toute liberté et sécurité des organisations non gouvernementales dans les zones en conflit, en vue de collecter les informations.
17. Libérer toutes les personnes n’ayant commis aucun crime, arrêtées et détenues dans le cadre des crises que connaît le Cameroun (crise anglophone, lutte contre Boko Haram, tensions sociopolitiques post élection présidentielle 2018 et 2025)
18. Il est urgent que les pouvoirs publics mettent sur pied une loi spécifique pour lutter contre le féminicide au Cameroun.
19. Sensibiliser la population, renforcer les sanctions contre les auteurs de violences conjugales et mettre en place des structures d’accueil et de protection pour les femmes victimes.
20. Mettre sur pied des mesures indispensables pour briser le cycle de la violence et protéger la vie des femmes dans le pays
21. Revoir la loi 2017/012 du 12 Juillet 2017 portant code de justice militaire qui donne la compétence aux tribunaux militaires à juger les civils.
22. Mise en place de services de soutien psychosocial pour les survivants de traumatismes, en offrant un espace sécurisé pour exprimer leurs expériences et en les aidant à se reconstruire et à se réintégrer dans la société.


















