jeudi, juillet 23

Naufrage d’une embarcation transportant des migrants au large des côtes mauritaniennes : la Cadhp encourage les États à développer des voies de migration sûres, régulières et accessibles, ainsi qu’à mettre en œuvre des politiques migratoires fondées sur les droits de l’homme, conformément à la Charte africaine et au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières 

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La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) exprime sa profonde tristesse et sa vive préoccupation à la suite du naufrage d’une embarcation transportant des migrants au large des côtes mauritaniennes.

Selon les informations portées à sa connaissance, l’embarcation, partie de Bufalo, en Gambie, à destination des îles Canaries (Royaume d’Espagne) avec 181 personnes à son bord, a dérivé pendant vingt-cinq jours avant d’être secourue le 18 juillet 2026 dans les eaux mauritaniennes, au large de Nouadhibou. Le drame aurait fait 143 morts ou disparus, tandis que 38 personnes seulement auraient survécu.

La Commission, dans un communiqué, relève également que cette tragédie est survenue dans un contexte d’opérations de recherche et de sauvetage menées entre le 14 et le 18 juillet 2026 par les autorités mauritaniennes au large de Nouadhibou, ayant permis de secourir plusieurs centaines de migrants en détresse en mer. Parmi les survivants figurent notamment des ressortissants gambiens, sénégalais et guinéens, dont plusieurs ont nécessité une prise en charge médicale. La Commission est particulièrement préoccupée par les informations faisant état de deux enfants ayant survécu après avoir perdu l’ensemble des membres de leur famille au cours de cette traversée.

La Commission africaine présente ses sincères condoléances aux familles des victimes et réaffirme sa solidarité avec les survivants ainsi qu’avec toutes les personnes affectées par ce drame.

Cette nouvelle tragédie rappelle une fois de plus que la route atlantique reliant l’Afrique de l’Ouest aux îles Canaries demeure l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde. Selon les agences des Nations Unies, cette route est devenue ces dernières années l’un des principaux itinéraires empruntés par les migrants et les réfugiés quittant l’Afrique de l’Ouest, tout en restant caractérisée par des traversées particulièrement longues, des conditions météorologiques extrêmes et des capacités de recherche et de sauvetage limitées. Elle illustre également que la diminution des arrivées observée ces derniers mois ne s’est pas traduite par une réduction des risques auxquels restent exposés les migrants empruntant cette voie.

La Commission rappelle que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, notamment en ses articles 4, 5 et 12, garantit à toute personne, sans discrimination fondée sur son statut migratoire, le droit à la vie, le droit à la dignité et la liberté de circulation. Ces droits imposent aux États des obligations positives de prévention, de protection, d’assistance et de coopération afin de préserver la vie des personnes migrantes, de rechercher les personnes disparues, d’identifier les victimes et de garantir aux familles leur droit à la vérité.

La Commission rappelle également sa Résolution CADHP/Res.486 (EXT.OS/XXXIII) 2021 sur les migrants et réfugiés disparus en Afrique et les conséquences sur leurs familles, ainsi que ses Principes directeurs africains relatifs aux droits de l’homme de tous les migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile (2023). Elle souligne en outre que ces engagements s’inscrivent dans le cadre des objectifs du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, notamment son Objectif 8, qui engage les États à sauver des vies, à coordonner les efforts internationaux concernant les migrants disparus, à faciliter leur identification, à soutenir leurs familles et à prévenir les décès le long des routes migratoires.

Au regard de ce qui précède, la Commission africaine :

• Appelle les États concernés à renforcer les capacités et la coordination des opérations de recherche et de sauvetage afin de prévenir de nouvelles pertes en vies humaines et d’assurer une assistance immédiate, humaine et non discriminatoire aux survivants ;

• Invite les États à renforcer les mécanismes de recherche, d’identification et de notification concernant les migrants décédés ou disparus, ainsi que l’information, l’accompagnement et le soutien de leurs familles, conformément à la Résolution 486 (2021) et à l’Objectif 8 du Pacte mondial sur les migrations ;

.• Encourage les États à développer des voies de migration sûres, régulières et accessibles, ainsi qu’à mettre en œuvre des politiques migratoires fondées sur les droits de l’homme, conformément à la Charte africaine et au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ;

• Réaffirme que les réponses aux mouvements migratoires doivent s’attaquer aux causes profondes des déplacements forcés tout en garantissant, à toutes les étapes du parcours migratoire, le respect des droits fondamentaux de toutes les personnes migrantes.

La Commission africaine demeure pleinement engagée, dans le cadre de son mandat, à promouvoir une gouvernance des migrations fondée sur les droits de l’homme et réaffirme que les pertes répétées de vies humaines sur les routes migratoires africaines ne sauraient être considérées comme une fatalité.

Fait à Banjul, le 21 juillet 2026

Honorable Commissaire Selma SASSI-SAFER

Rapporteure spéciale sur les réfugiés, les demandeurs d’asile, les personnes déplacées internes et les migrants en Afrique

 

Source image: Une embarcation transportant des migrants arrivés, entre autres, de Mauritanie, au port de La Restinga (Espagne), le 14 septembre 2024. ANTONIO SEMPERE/AFP

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